A PROPOS... - NORMALES SAISONNIÈRES

L'auteur des photos...

...Et une de ses sources d'inspiration :

LES NORMALES SAISONNIÈRES de Pierre PELOT

On dira, en premier lieu, l'essentielle étrangeté de ce très beau roman, l'un des plus réussis de cet automne, son mystère immobile à la Patricia Highsmith, la qualité de sa langue, d'une blancheur incandescente. Pierre Pelot joue sur le ralenti, la finesse des détails, un sens machiavélique de la construction pour installer une atmosphère de menace étouffée, où rien n'est jamais sûr, sauf le drame qui peut surgir à tout instant. Le décor d'abord. Une Bretagne hors saison, entre la pointe du Van et celle du Raz, solitaire et tourmentée par le vent de novembre, rendue à sa sauvagerie naturelle. Pelot possède, plus que tout autre, l'art de faire sentir la présence des paysages, d'en faire vibrer les sons et les couleurs jusqu'à rendre angoissante la respiration de la mer. Sur la plage arrive un homme, la cinquantaine. Il marche d'un pas qui n'est « pas exactement celui d'un promeneur occasionnel ». Dans son sac, on l'apprendra plus tard, il porte un revolver. Ses pérégrinations paraissent aléatoires -- quels souvenirs le rattachent à ces lieux ? Seul élément précis, une adresse : 9, rue du Goyen, une maison autour de laquelle il ne cesse de tourner. Pierre Pelot organise le contraste flou/net avec une maîtrise redou­table, tandis que le récit progresse irrésisti­blement sur deux mouvements contraires. Celui de cet homme solitaire et monomaniaque, obsédé par une vengeance dont le visage se révèle peu à peu. Et celui du passé qui envahit lentement le livre à travers une conversation montée en parallèle, dont le ton se fait de plus en plus violent. Le livre refermé, certains mystères demeurent, inébranlables, sur la personnalité de son héros, sur la réalité des événements relatés, et l'on se surprend à le relire immédiatement : comment ce diable de Pelot s'y est-il pris pour nous intriguer ainsi ?


Le 10/11/2007 Michel Abescat - Telerama n° 3017
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